Interview Jérémy Oury

09/01/2021 — Actualités

Nous avons interviewé Jérémy Oury, artiste visuel et membre fondateur du collectif Arcaan. Avec son partenaire Antoine Briot, ils nous ont rendu visite en décembre dernier pour participer à la 1ère édition des « Nits de Video Mapping », organisée entre l’Ambassade de France en Andorre et le Festival Ull Nu.

Jérémy Oury combine des compétences audio et visuelles pour réaliser des installations numériques singulières et promeut une nouvelle vision des arts audiovisuels. Il travaille sur des formes immersives afin de placer le spectateur au centre d’un univers virtuel minimaliste pour perturber sa perception de l’espace. Il poursuit également des explorations des formes inter-média avec des compositions synthétiques et électroacoustiques de diverses manières.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans les mappages? À quel moment décidez-vous de vous lancer dans la piscine et d’essayer de vous y consacrer professionnellement?

Venant du monde de théâtre, il me semblait également important de travailler dans l’espace public, là où l’art est accessible à tous, gratuitement.

Il y a aussi le fait de travailler sur ces bâtiments, qui font partis de notre patrimoine historique, qui nous entourent et dont nous ne faisons parfois plus attention. La géométrie du bâtiment, ses formes et ses contours, sont la représentation de l’architecture d’une époque, d’un moment. Sublimer et ‘augmenter’ ces détails à l’aide du numérique est très intéressant. L’aspect monumental des projections permet enfin de proposer des projets impressionnants et ainsi jouer avec les sensations des gens.

En parallèle à mes études en son, j’ai toujours eu un oeil tourné vers la vidéo. J’ai commencé par du Vjing sur des soirées de musique électronique puis je me suis lancé dans des compétitions de vidéo mapping proposées par des festivals internationaux. Après avoir emporté quelques prix en catégorie amateur puis professionnelle, j’ai commencé à travailler avec des festivals et les Instituts Français pour proposer des projets à travers le monde.

Aujourd’hui, je consacre la moitié de mon temps à la création sonore et vidéo pour le théâtre, et la seconde pour des projets audiovisuels et numériques incluant les vidéo mappings.

Au-delà de la projection de vos créations sur des bâtiments emblématiques, quelles autres applications vous permettent de réaliser un mapping?

Le  principe du vidéo mapping est d’adapter un flux vidéo virtuel sur une forme physique réel. Cela  peut s’appliquer sur un bâtiment mais également sur n’importe quelle support.

En théâtre, on travail de la projection sur la scénographie et sur les décors qui peuvent être des formes, une toile de fond, un objet, un écran vidéo, etc …

Il est également possible de faire des projections sur des personnes mais cela suppose des techniques dynamiques et interactives en temps réel pour suivre les mouvements du support mouvant de projection !

Quel est le défi le plus important auquel vous avez dû faire face professionnellement?

En plus de l’aspect création, il y a l’aspect technique à prévoir et à gérer. Généralement le matériel de projection est cher. C’est toujours un défi de prévoir le matériel suffisant qui rentre dans le budget ! De plus, plus la surface de projection est grande, plus il faudra multiplier les vidéo projecteurs.

La vidéo et le numérique sont également pleins de mystères. On rencontre souvent des problèmes dans la gestion du flux vidéo à travers les logiciels, les câbles, les adaptateurs. L’installation technique est souvent source d’inquiétude jusqu’au dernier moment !

Outre les mappings, quels autres projets audiovisuels avez-vous développés?

Depuis quelques années, je me suis tourné vers le production de film immersif pour dôme géodésique et pour planétarium (https://www.facebook.com/SATmontreal/posts/10158242785250250). Le fait de projeter à l’intérieur d’une hémisphère donne un nouvel espace de jeu pour la vidéo. Le spectateur se trouve immergé dans la projection et dans le son.

Le format est un peu particulier car il faut anticiper les déformations de la projection induite par l’aspect sphérique du dôme. Je suis obligé de faire des tests en virtuel pour m’assurer du résultat final.

Je travaille également avec un artiste sculpteur qui réalise des personnages géant en low poly (simplification du détails et réduction des polygones de la forme en 3D). Ces formes humaines sont d’excellents support de projection vidéo comme le Diva!

Y a-t-il quelque chose que vous n’avez pas encore fait que vous aimeriez essayer?

En numérique, tout évolue très vite. De nouveaux logiciels sortent chaque année et permettent de faire des nouvelles choses. Il est très difficile de se maintenir à la pointe de tout ça tout en continuant la maitrise des logiciels précédents.

J’aimerais particulièrement ajouter un aspect interactif à mes oeuvres mais il est difficile de trouver une utilisation intéressante et qui ne soit pas gadget pour le spectateur et qui justifie sa participation active à la création de l’oeuvre.

La limitation n’est donc pas technique mais plus dans la réflexion artistique l’utilité de cet aspect !

Comment s’est passée votre expérience lors de la première édition de «Les nits de video mapping» en Andorre?

Nous étions déjà venu en Andorre pour le festival Ull Nu et nous avions trouvé le patrimoine architectural du pays très intéressant. Nous avions très envie de faire une projection sur la Casa de la Vall.

C’était génial de voir que les gens appréciaient nos projets qui sont pourtant très « abstraits » par rapport au vidéo mapping que l’on a l’habitude de voir.

L’accueil humain, technique et artistique a été super et nous espérons pouvoir collaborer une nouvelle fois avec vous tant les possibilités de projection sont grandes !

Quels conseils donneriez-vous à ces jeunes qui envisagent de développer une carrière professionnelle liée à l’audiovisuel ou à l’art numérique?

L’idéal est de faire une formation de création vidéo ou de sonore avec les nombreuses possibilités qui existent aujourd’hui.

Le faire de manière autodidacte est également possible grâce à l’existence de nombreux logiciels gratuit (Blender pour la 3D par exemple) et les nombreux tutoriels disponibles en ligne.

Ensuite, il faut vite se plonger dans le bain en travaillant sur des projets concrets avec par exemple les compétitions de vidéo mapping ou les open call des festivals qui fournissent les bases (masques, modèle 3D) pour commencer à créer, imaginer et faire des projets, tester des séquences puis voir son travail projeté sur un bâtiment sans ce soucier de l’aspect technique. Pour cela on essaie de recenser ce type d’opportunités sur le groupe Facebook https://www.facebook.com/groups/1766582386976417 ! Rejoignez la communauté !

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